Kidnapping des patrons : coco-nous contre aristo-chats

Je réagis à un Billet de Bruno Gonzalvez à propos du kidnapping des cadres et patrons, et l’apologie que l’on en fait dans les médias (lire le billet de Bruno).

Je suis heureux de lire ce billet et plus généralement de lire un avis qui a du sens sur cette apologie du kidnapping.

Pour le dire dès le début :

Je comprends ces kidnappings dans le sens où cette violence semble être devenue le seul moyen, actuellement, de contrer une autre violence (celle qu’on peut mettre dans la case “c’est la crise”, “les patrons sont tous des voyous”, “que voulez vous ma pauvre dame, c’est la vie”, etc).

C’est par contre très grave parce que les moyens d’exercer une violence légale, et douce (grève, manifestation, syndicats, élections, etc) semblent ne plus suffir à s’exprimer / à contester / à proposer.

Jusqu’où ira-t-on ?

Le week-end dernier Lemonde.fr publiait un long article d’une chercheuse au CNRS qui comparait la situation de la révolution de 1789 (et des 2-3 années qui ont précédé) avec ce qui se passe actuellement (coté salariés et côté aristo/bourgeois). Son propos : ce qui se passe aujourd’hui est exactement ce qui s’est passé les 2-3 années qui ont précédé la révolution. Des deux côtés.

Quelle est la réponse de la gauche modérée ?

Un autre point qui me paraît grave c’est l’absence de réponse du côté de la gauche dite modérée : elle devrait proposer une alternative à cette légitimation de la violence physique. Or elle ne propose rien. Elle se fait enfermer dans le piège des extrémistes.

Mais je m’égare :

Cette crise montre à mon sens la problématique de la formation des salariés.

Si les entreprises sont obligées d’évoluer / se reconvertir pour survivre, il devrait théoriquement en être de même pour les employés de ces entreprises : “se former / se reconvertir / être mobile, pour survivre“.

Des hommes et des chiffres

On parle bien de gens que l’on connaît, tous ceux qui subissent la crise. Tous ceux dont les secteurs d’activités sont touchés.

Seulement voilà : là où une entreprise peut se résumer à une structure morale et à des chiffres, il n’en va pas de même pour nous, êtres humains. Une entreprise peut être reconvertie, peut-être réorientée, facilement, même si cela prend du temps. Parce qu’elle n’a qu’une existence morale.

Pourquoi ne donne-t-on pas la possibilité aux employés le temps, et donc l’argent, pour se reconvertir dans d’autres secteurs d’activités ? Ou simplement pour augmenter leur employabilité ?

Est-ce si compliqué de réorienter le marché du travail de cette manière ?

Des loups et des hommes

C’est violent l’économie de marché.

Je me disais que le kidnapping des patrons permettait aux salariés-kidnappeurs de faire éprouver aux dirigeants kidnappés lasituation d’insécurité dans laquelle ils se trouvent par rapport aux restructurations.

Hobbes disait que “L’homme est un loup pour l’homme”. Avec la croissance de ces dernières années cela ressemblait à une phrase à l’emporte pièce.

On comprend finalement que sans berger, nous sommes tous les loups et les agneaux de quelqu’un.



2 commentaires ↓

#1   Bruno Gonzalvez le 10.04.09 à 12:55

Bonjour

Même si je ne suis pas complètement en phase avec le principe de “violence douce”, je rejoins en tout cas ton analyse concernant le problème fondamental de la formation.

De la même façon, c’est clair qu’il existe certaines tensions (que les médias contribuent à alimenter par ailleurs) sur lesquelles il est indispensable de faire avancer les mentalités. Et ce, de part et d’autre de la cloture (pour rebondir sur ton allégorie du berger ;-) )

Reste que les méthodes employées par certains sont plus que critiquables, et je ne pense pas que la résolution des problèmes sociaux passe par une banalisation de la violence (fut-elle “douce”) ou encore par la justification de certains extrémismes. Parce qu’alors, il ne faudra pas s’étonner ensuite que les extrémismes de tout poil, justement, s’installent de manière de plus en plus durable dans une société qui aura perdu ses valeurs fondamentales.

On serait dans une situation similaire à celle qui précéda la Révolution française ? Intéressant, quand on sait que cette même révolution a été menée par la bourgeoisie de l’époque pour conquérir les mêmes avantages que la noblesse, et ceci en se servant du peuple comme chair à canon. Un peuple qu’on aura bercé de bons sentiments comme la fraternité ou la liberté dont on sait depuis ce qu’on en a fait. Quant à l’égalité, c’est à peine si on a réussi à nous mettre plus ou moins devant les mêmes droits et devoirs, mais au prix d’un nivellement par le bas qui prône la médiocratie davantage que la démocratie.

#2   admin le 10.04.09 à 14:29

Bonjour Bruno

Merci pour ton commentaire.

Toutes mes excuses concernant l’expression “violence douce”, j’ai fait l’erreur de choisir le terme sans le préciser. Je ne légitime pas la violence, quelle qu’elle soit. Par violence douce j’entendais tous les moyens légaux et légitimes pour se faire entendre (voter, manifester, faire une grève, se syndiquer, etc.) par opposition à ceux qui ne le sont pas (kidnapper des patrons).

Bien d’accord concernant les méthodes. Les kidnappeurs passent pour des héros dans les médias…

La CGT met à ce propos de l’huile sur le feu, on pouvait lire ce matin :

“Les séquestrations de dirigeants d’entreprises en France ne peuvent être assimilées à des prises d’otages et sont défendables tant que l’intégrité physique des patrons n’est pas menacée, estime le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault.”

Par les temps qui courent, ces propos encouragent le “boss-napping”.

Si la CGT dit ceci, que va dire le dirigeant de SUD ? Qu’on devrait pendre les boss par les pieds ?

Ce faisant, que dira la CFDT ? Qu’on ne peut pas tant qu’on a pas signé un accord inter-professionnel légalisant et encadrant le boss-napping ?

Bien d’accord concernant la médiocratie, on rejoint ton post sur les médias qui la relaient…

Laisser un commentaire

*
Pour montrer que vous êtes une personne et non un robot, merci de taper le mot qui s'affiche sur l'image ci-dessous :
/